La grève au CN ne dure que depuis une semaine, mais son effet se fait déjà sentir dans les collectivités partout au Canada.

 

Les Services économiques TD estiment que si la grève se poursuit jusqu’au 30 novembre, elle pourrait coûter plus de 2,2 milliards de dollars à l’économie canadienne. Pendant que le service ferroviaire du CN est interrompu, les agriculteurs, forestiers, mineurs et manufacturiers canadiens sont coupés du réseau et sont incapables d’approvisionner leurs clients au Canada et dans le monde.

 

L’économie d’aujourd’hui est planétaire. Pour qu’une entreprise canadienne soit concurrentielle sur la scène mondiale, elle doit avoir accès à un système de transport efficace et fiable. Le Canada a des défis uniques à relever. Non seulement notre pays est immense, mais contrairement à la situation de nos voisins du Sud, notre secteur ferroviaire est en réalité un duopole : le Canadien National (CN) et le Canadien Pacifique (CP) se partagent en effet la vaste majorité du marché du transport ferroviaire de marchandises, laissant aux expéditeurs très peu, s’il en est, de solutions de rechange en cas d’interruption de service. Bien que des entreprises puissent utiliser des services de camionnage dans une certaine mesure, la pénurie actuelle de conducteurs de camion partout au pays limite le recours à cette solution.

 

Plus de 600 localités canadiennes dépendent du secteur forestier et nombre d’entre elles (en particulier en Colombie-Britannique) subissent déjà des vents contraires et les impacts d’épidémies de ravageurs ou de feux dévastateurs ainsi que du conflit en cours sur le bois d’œuvre résineux avec les États-Unis. Pour les travailleurs, les familles et les collectivités qui dépendent de la forêt, la vie peut changer en quelques jours si des usines doivent réduire leurs activités ou fermer.

 

Les minéraux et les produits métalliques comptent pour environ la moitié des revenus générés annuellement par le transport par rail, et pour environ 20 % de la valeur des exportations canadiennes (estimées à 105 milliards de dollars en 2018). Des entreprises qui commencent à être à court d’espace d’entreposage ont réduit leur production et perdu des ventes et des clients. Les sociétés minières font déjà l’impossible pour éviter les fermetures et les mises à pied, ainsi que les impacts économiques directs et indirects qui en découlent, mais elles commencent à manquer de temps et d’options.

 

La grève nuit aussi à l’industrie agricole : des fermiers aux fabricants, elle a un impact direct négatif sur toute la chaîne d’approvisionnement. On estime que des expéditions de fertilisants d’une valeur de 200 à 300 millions de dollars seront touchées si la grève devait se poursuivre jusqu’au 5 décembre, à la reprise des travaux parlementaires. Les producteurs de grains sont au cœur d’une récolte extrêmement difficile. Certaines cultures restent au champ et des problèmes de qualité donnent lieu à des rendements inférieurs à ceux que souhaitaient les agriculteurs. En plus d’être incapables d’expédier leurs récoltes au marché, plusieurs agriculteurs dépendent fortement du propane, qui est nécessaire pour chauffer les étables à l’approche de l’hiver et pour sécher les récoltes afin d’éviter le gaspillage. De même, les fabriques d’aliments pour le bétail ont besoin d’une source régulière et prévisible d’approvisionnement, qui est souvent livrée par rail, pour approvisionner en continu les producteurs de bétail en aliments pour leurs animaux. La combinaison de ces facteurs entraîne des conséquences potentiellement dévastatrices pour la subsistance des agriculteurs et le bien-être de leurs troupeaux.

 

Bien d’autres produits de première nécessité voyagent d’une province à l’autre par train; dans bien des cas, des villes et des hôpitaux dépendent de ces produits pour assurer le bien-être des Canadiens. Pensons notamment aux produits utilisés par les villes pour le traitement de l’eau potable. Des produits chimiques industriels d’une valeur d’environ 38 millions de dollars transitent quotidiennement par le réseau du CN et la perte moyenne par jour et par usine fermée est d’un million de dollars. Une proportion d’environ 80 pour cent de la production de ce secteur est expédiée par rail.

 

La gravité de cette situation n’est pas toujours évidente pour ceux qui ne sont pas directement touchés par la grève, mais il ne faut pas la sous-estimer. Bien que les soussignés respectent le processus de négociation collective et croient qu’une entente négociée est préférable, nos travailleurs et leurs familles ne peuvent se permettre que le conflit perdure.

 

Compte tenu des conséquences économiques et humaines de cette grève d’un bout à l’autre du pays, il est impératif que le premier ministre Trudeau et son gouvernement fassent de la résolution de ce conflit leur priorité. Nous ne pouvons attendre la reprise des travaux du Parlement, le 5 décembre, pour que ce problème soit réglé. À cette date, les fermetures d’usines se seront accumulées pour créer une crise économique, dont bien des entreprises canadiennes pourraient ne jamais se remettre entièrement. Il faut que le gouvernement agisse rapidement dès maintenant pour que les trains et nos produits reprennent le départ.

 

Cordialement,

Derek Nighbor, président et chef de la direction, Association des produits forestiers du Canada (APFC)

Cathy Campbell, présidente, Distribution responsable Canada (DRC)

Bob Masterson, président-directeur général, Association canadienne de l’industrie de la chimie (ACIC)

Mary Robinson, présidente, Fédération canadienne de l’agriculture (FCA).

Mélissa Dumont, agr., directrice exécutive, Association de nutrition animale du Canada (ANAC)

Garth Whyte, président et directeur général, Fertilisants Canada

Wade Sobkowich, directeur général, Western Grain Elevator Association (WGEA)

Chris Vervaet, directeur général, Canadian Oilseed Processors Association (COPA)

Jim Everson, président, Canola Council of Canada (CCC)

Bernie McClean, président, Canadian Canola Growers Association (CCGA)

Gordon Bacon, chef de la direction, Pulse Canada

Pierre Gratton, président et chef de la direction, Association minière du Canada (AMC)