par Rick Jeffery, président et chef de la direction, Coast Forest Products Association

C’était un lundi matin froid et humide, typique d’une journée du milieu de l’hiver à Vancouver. En roulant sous les grands cèdres qui s’alignent le long de la route vers le Musée d’anthropologie de UBC, j’ai pensé aux arbres de la forêt du Grand Ours que j’avais visitée quelques jours auparavant.

Cette journée à Bella Bella n’avait été rien de moins que magique. En fait, il m’a fallu un bon 24 heures pour prendre réellement conscience de la gravité des événements de la journée. Dallas Smith, des Nanwakolas, la première ministre Christy Clark, le ministre Steve Thomson et bien d’autres, moi compris, ont été reçus ce jour-là par la bande et la communauté Heiltsuk, l’un des 26 groupes de Premières nations qui ont signé l’accord sur la forêt du Grand Ours.

J’ai eu l’honneur d’être invité à me joindre à ce groupe restreint. Mon rôle, comme principal négociateur de Ia Coast Forest Conservation Initiative (CFCI), était de travailler à créer un niveau de certitude et de prévisibilité pour les entreprises de produits forestiers, afin qu’elles puissent fonctionner de façon viable dans la région que nous appelons aujourd’hui la forêt du Grand Ours. Formée de cinq compagnies, BC Timber Sales, Catalyst Paper, Howe Sound Pulp & Paper, Interfor et Western Forest Products, la CFCI avait été mandatée par des groupes de Premières nations et le gouvernement provincial pour résoudre ce qui était devenu dans la région une controverse internationale dans les années 90.

Plutôt qu’adopter l’approche « nous contre eux » établie par les campagnes publiques lancées contre l’industrie forestière, la CFCI a opté pour une approche de collaboration, qui s’est ensuite avérée très fructueuse. Collectivement et sur plusieurs décennies, le groupe a investi des millions de dollars et d’innombrables heures pour arriver à un consensus avec Greenpeace, le Sierra Club BC et ForestEthics.

Résultat : la remise de recommandations à la province de la Colombie-Britannique et aux Premières nations, qui ont par la suite mis la dernière main à l’accord à la satisfaction des quatre signataires.

La chef Marilyn Slett représentait la nation Heiltsuk ce jour-là à Bella Bella. Avec son conseil, elle a aimablement accueilli notre groupe. Dans son allocution, elle nous a dit que les Heiltsuk appuyaient l’accord sur la forêt du Grand Ours parce qu’elle est avantageuse pour eux et conforme à leurs valeurs. Nous avons ensuite eu le plaisir d’assister à une cérémonie présentant des danseurs traditionnels évoluant au rythme des tambours, qui ont résonné dans mes oreilles longtemps après qu’ils se sont tus.

Quand nous avons pris l’avion pour revenir à la maison, j’ai compris que cette célébration signifiait beaucoup plus que la signature de l’accord. C’était la célébration de 20 années de développement de relations, de négociations, de recherche, de discussions, de frustration, de persévérance et, finalement, de compromis, qui ont mené au consensus.

Quelques jours plus tard, en arrivant au Musée d’anthropologie lors de ce lundi matin humide de l’hiver côtier, j’ai vu ces visages familiers de Bella Bella. S’était joint à eux un groupe beaucoup plus imposant composé de représentants du gouvernement, des Premières nations, des médias, de l’industrie et des groupes environnementaux. Et lorsque le brouhaha chaleureux et amical du grand hall du musée s’est finalement changé en atmosphère d’admiration respectueuse une fois l’accord officiellement annoncé au monde entier, la camaraderie que nous avions forgée pendant ces décennies de relations était palpable.

Rick Jeffery, de la Coast Forest Products Association, parle de l’accord sur la forêt du Grand Ours. Photo : Patrick Armstrong

Dallas Smith, président du conseil de la nation Nanwakolas, Valeri Langer, de ForestEthics, et Rick Jeffery, de la Coast Forest Products Association, célèbrent l’instauration de l’aménagement forestier écosystémique dans la forêt du Grand Ours. Photo : Gouvernement de la Colombie-Britannique

 

Dallas Smith, président du conseil de la nation Nanwakolas, Valeri Langer, de ForestEthics, et Rick Jeffery, de la Coast Forest Products Association, célèbrent l’instauration de l’aménagement forestier écosystémique dans la forêt du Grand Ours. Photo: Gouvernement de la Colombie-Britannique

Rick Jeffery, de la Coast Forest Products Association, parle de l’accord sur la forêt du Grand Ours. Photo : Patrick Armstrong

 

Pour en savoir plus sur la Coast Forest Conservation Initiative (en anglais) : http://www.coastforestconservationinitiative.com/

Rick Jeffery est le négociateur principal de la Coast Forest Conservation Initiative depuis 2012. Il est aussi président et chef de la direction de la Coast Forest Products Association.