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Points de vue

L’EXPÉRIENCE DE KYOTO POUR PRÉCISER LES OBJECTIFS DE COPENHAGUE

18 novembre 2009

publié dans le Edmonton Journal

Dans quelques semaines à peine, les dirigeants de la planète se réuniront à Copenhague pour discuter des changements climatiques. Il y a douze ans, à Kyoto, on se demandait sous couvert s’il était vraiment nécessaire de prendre des mesures à l’échelle mondiale en matière de changements climatiques. Les parties ont alors conclu une entente qui nous a mis sur la bonne voie, mais nous savions tous qu’elle était profondément imparfaite. Notre mission, à l’aube des pourparlers de Copenhague, est d’éviter les erreurs de Kyoto.

Cette fois-ci, la nécessité d’agir ne suscite aucun doute. Et cette fois-ci, il faut viser plus haut. Conclure simplement une « entente » ne peut plus constituer une référence. La référence doit plutôt être une solution qui atténuera réellement la menace des changements climatiques. La prochaine entente devra être évaluée par son efficacité.

Je me suis joint à l’Association des produits forestiers du Canada en 2002, après 25 années dans le secteur public et après avoir dirigé, pour Environnement Canada, l’élaboration de la position de notre gouvernement pour Kyoto. Ces expériences, ainsi que mon travail subséquent avec les dirigeants de l’industrie forestière canadienne pour atteindre les objectifs du protocole de Kyoto (que nous avons, en réalité, surpassé par dix fois), m’ont forcé à passer beaucoup de temps à réfléchir à ce que nous devons, tous, mieux faire à Copenhague.

Le problème est simple : on ne peut pas s’attaquer aux changements climatiques avec le type de philosophie qui les a créés. Les changements climatiques sont le résultat de notre incapacité à voir et à reconnaître comment les choses, dans le monde, sont interreliées - comment nos actions influencent l’environnement, comment le monde n’est pas divisé en pollueurs et non-pollueurs et comment on ne peut échapper aux problèmes environnementaux mondiaux – ainsi que de notre incapacité à agir en conséquence.  Nous aimons penser en termes d’éléments sécuritaires et confortables, mais le monde fonctionne comme un système. Si Kyoto a été un échec, c’est surtout en raison de ce genre de raisonnement, qui se concentre sur les pièces distinctes du casse-tête plutôt que sur leur interdépendance.

Alors, pour le processus de Copenhague, voici ce dont nous avons besoin :

  1. Des cibles et des mesures mondiales cumulatives suffisamment ambitieuses pour avoir un impact réel sur le climat. On a défendu, dans le passé, des gestes, des projets pilotes et des demi-mesures comme moyens pour faire bouger les choses, et ça a été le cas. Mais les gens ont besoin de croire que nous prenons des mesures efficaces s’ils doivent accepter le coût associé aux changements réels.
  2. Un accent mis beaucoup moins sur la compensation des émissions et beaucoup plus sur la modernisation en profondeur nécessaire pour réduire ces émissions. Nous ne pouvons pas balayer les gaz à effet de serre sous le tapis : il faut arrêter d’en émettre. Bien sûr, la compensation aide à court terme, mais elle nous distrait du vrai travail de modernisation de nos industries et de nos infrastructures.
  3. Des modes de contrôle et de comptabilisation basés sur l’empreinte totale de carbone. L’utilisation de quantités astronomiques de combustibles fossiles pour alimenter la production et l’utilisation de biocarburants aux É.-U. est un exemple de ce qui se produit quand on ne mesure pas l’empreinte totale de carbone. De plus, le déplacement de production d’un pays à l’autre permet à un pays de déclarer une réduction de ses émissions, mais ça n’aide pas le climat.
  4. Une meilleure intégration des autres impératifs environnementaux dans le programme relatif aux changements climatiques. La biodiversité, la qualité de l’air et la qualité de l’eau sont gravement touchées par les changements climatiques et doivent être protégées. Les sacrifier au profit du carbone, c’est répéter les erreurs du passé.
  5. Une reconnaissance plus profonde du fait que nous devons vivre avec les cycles de la nature plutôt que d’avoir à régler les problèmes que nous créons en allant à l’encontre de ses impératifs.
  6. Une volonté de refuser l’accès aux marchés mondiaux à ceux qui choisissent de ne pas s’acquitter de leurs responsabilités environnementales. Par exemple, bannir les produits qui causent la déforestation ou qui proviennent de forêts récoltées illégalement.

Au Canada, il y a des années que l’industrie forestière a compris qu’elle devait se transformer pour relever les défis des changements climatiques.

Depuis dix ans, notre secteur forestier – le plus grand exportateur de produits forestiers dans le monde – a réduit les émissions de gaz à effet de serre de ses usines de 60 pour cent, éliminant ainsi huit millions de tonnes de GES dans l’atmosphère.

En modernisant nos usines et en abandonnant les combustibles fossiles au profit de combustibles renouvelables, nous avons appris à composer avec nos forêts naturelles, à faire des affaires tout en préservant la biodiversité.

Depuis quelques années, notre industrie voit de près les dangers des changements climatiques. Les hivers plus doux ont permis au dendroctone du pin, normalement tué par le froid, de se multiplier. La destruction qu’il a causée dans les forêts canadiennes a fait perdre leur gagne-pain à 25 000 familles.

Ce n’est là qu’un problème, qui touche une industrie, dans un pays. Et ce n’est qu’une raison qui a fait que nous, dans l’industrie forestière, avons compris que les changements climatiques n’étaient pas une menace abstraite pour l’avenir, mais la réalité d’aujourd’hui.

Nous avons fait beaucoup de progrès, mais les défis restent considérables. C’est pourquoi nous allons plus loin pour limiter notre empreinte totale de carbone en nous engageant à atteindre la neutralité en carbone dans la chaîne d’approvisionnement, du berceau (la forêt) au tombeau (le recyclage), sans achats de crédits compensatoires.

 
Trois cents collectivités du pays dépendent de l’industrie forestière et un Canadien sur 25 travaille directement ou indirectement dans le secteur forestier : ces données nous font prendre conscience qu’il est crucial d’agir contre les changements climatiques.

Kyoto s’est adapté aux sceptiques; il faut que Copenhague donne des moyens aux convaincus.

-30-

Avrim Lazar est président et chef de la direction de l’Association des produits forestiers du Canada

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