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Points de vue

Le rôle oublié des gouvernements : offrir une conjoncture commerciale favorable

27 avril 2009, Globe and Mail

Dire que les temps sont durs dans le secteur forestier canadien est un euphémisme. Compte tenu de l’effondrement du marché de l’habitation aux États-Unis et de la crise des marchés financiers dans le monde, le secteur a perdu 50 000 emplois et plus de 250 usines depuis deux ans.

Dans ce genre de situation, les gens se tournent vers les gouvernements. Et les gouvernements doivent se débrouiller pour ne pas compromettre les relations commerciales délicates. Fournir des filets de sécurité et des stimulants économiques fait partie de la solution, mais il y a plus – améliorer la conjoncture.

Les provinces et le gouvernement fédéral ont pris des mesures dans la bonne direction. Certaines provinces, comme la Colombie-Britannique, modernisent leur régime de tenure et d’aménagement forestier pour le rendre plus souple et plus axé sur le marché. Au niveau fédéral, le récent budget a montré que le gouvernement Harper voit le potentiel de l’industrie et accepte un rôle pour aider à le réaliser, par exemple en renforçant les pouvoirs d’Exportation et développement Canada.

Mais le sentiment d’urgence et d’ambition nécessaire manque toujours à l’appel. Si les gouvernements attendent trop pour améliorer la conjoncture commerciale, plusieurs milliers d’autres emplois seront perdus sans raison. Voici ce qu’il faut faire :

Réagir aux subventions américaines aux usines de pâte
Le gouvernement américain distribue des milliards de dollars en subventions à l’industrie de la pâte pour le combustible renouvelable qu’elle produit et utilise dans ses usines (la « liqueur noire »). Ainsi, les usines américaines reçoivent de 200 à 300 $ la tonne de pâte qui leur coûte 500 $ à produire. C’est une énorme subvention qui entraînera la fermeture d’usines canadiennes et la réouverture d’usines américaines moins concurrentielles.

Ottawa doit rapidement mettre tous les acteurs sur le même pied en adoptant des mesures pour compenser ces subventions, avant que d’autres usines canadiennes ferment et que des milliers d’autres emplois soient inutilement perdus.

Moderniser les politiques provinciales
Les provinces détiennent la propriété de la majorité du bois utilisé dans les usines canadiennes et depuis trop longtemps, elles aménagent la ressource forestière en fonction de considérations politiques à court terme plutôt que de croissance économique à long terme.

Un certain nombre de provinces, notamment le Québec, conservent une politique archaïque d’obligation de transformation locale, en vertu de laquelle c’est le gouvernement plutôt que le marché qui décide où le bois sera transformé en fonction des usines individuelles. De plus, les gouvernements provinciaux ont régulièrement empêché les entreprises de fusionner et d’étendre leurs opérations, ce qui les rend inaptes à traverser une crise économique.

Là où les gouvernements ont modernisé leurs politiques, il y a eu plus d’investissements et des entreprises plus fortes qui peuvent tenir le coup.

Récompenser les investissements et la recherche et le développement
L’industrie des produits forestiers investit énormément dans l’innovation. La principale mesure d’encouragement d’Ottawa pour la R&D industrielle est le crédit d’impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE). Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, les entreprises ne peuvent pas en profiter lorsqu’elles ne sont pas rentables – cette mesure est donc inutile lors d’un ralentissement économique. Et pour couronner le tout, lorsque des entreprises sont en difficulté financière, le gouvernement diffère les crédits d’impôt qui leur sont dus, simplement par mesure de prudence. Cela doit changer.

Les pays qui favorisent l’investissement de façon plus dynamique en retirent plus; c’est pourquoi la France et les États-Unis ont adopté cette approche d’investissement dans le cadre de leur lutte à la récession. Au Canada, les gouvernements ont fait des progrès à cet égard en éliminant l’impôt sur le capital et en harmonisant la TPS et la TVP. Mais le Canada peut faire mieux. Les gouvernements doivent étendre les taux d’amortissement accéléré sur les investissements en capital et les dispositions relatives au report rétrospectif des pertes.

Faire cesser le monopole du transport par rail
Les deux sociétés nationales de transport ferroviaire du Canada ont le monopole sur plusieurs communautés rurales et elles offrent un mauvais service et des prix gonflés qui rendent les usines moins concurrentielles. On estime que les entreprises forestières paient près de 300 millions de dollars de trop en transport ferroviaire en raison de l’absence de concurrence.

Nous avons vu comment la concurrence dans les télécommunications au pays a donné lieu à une amélioration notable du service et à des tarifs beaucoup plus faibles pour les consommateurs. Le système de transport ferroviaire a besoin du même type de changement. La loi fédérale crée un monopole et seuls des changements à cette loi peuvent régler le problème.

Nous aider à devenir plus verts
L’industrie des produits forestiers est de loin le plus grand producteur d’énergie renouvelable au Canada; elle en produit suffisamment pour alimenter la ville de Vancouver. L’avenir de l’industrie est encore plus intéressant compte tenu de sa contribution potentielle à l’équilibre énergétique global du Canada.

Mais pour y arriver, il faut des politiques adéquates. En ce moment, les investissements que fait l’industrie dans la production d’énergie renouvelable ne sont pas reconnus. Les gouvernements offrent plutôt des mesures d’encouragement qui ont des effets pervers en favorisant l’établissement de nouvelles installations pour produire de l’énergie à partir de fibre ligneuse, ce qui réduira considérablement la compétitivité des producteurs existants.

Comme si cela ne suffisait pas, les politiques fédérales et provinciales ne considèrent souvent pas l’énergie renouvelable tirée de la production de pâte, de papier ou de bois d’oeuvre aussi positivement que les autres sources d’énergie renouvelable.

Il existe beaucoup de nouvelles possibilités prometteuses pour créer des combustibles et des produits écologiques à partir de produits forestiers. Les gouvernements devraient s’y intéresser avec l’aide de l’industrie, tout en offrant des encouragements plus intéressants pour les activités de production verte déjà en cours.


Avrim Lazar est président et chef de la direction de l’Association des produits forestiers du Canada.

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