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Points de vue

Messieurs les Premiers Ministres, des mesures stratégiques d'urgence sont nécessaires

04 novembre 2008

Au moment où les premiers ministres s’apprêtent à se réunir plus tard cette semaine pour discuter de la meilleure façon de réagir à la crise économique actuelle, quelles mesures devraient-ils prévoir?

Nous croyons qu’il faut agir dans trois secteurs pour voir à la crise des marchés financiers et s’assurer que l’économie canadienne ressort de cette crise plus forte que jamais. Les gouvernements devraient d’abord s’occuper du problème des liquidités en voyant à ce que les consommateurs et les entreprises continuent d’avoir accès au crédit au Canada. Deuxièmement, ils devraient faire des investissements stratégiques dans les infrastructures et la transformation de l’industrie et encourager les entreprises à faire de même. Enfin, ils devraient adopter des mesures qui amélioreront la compétitivité à long terme de l’économie canadienne.

La priorité doit être de voir à la crise des marchés financiers. Le crédit est l’oxygène qui permet à l’économie de respirer. Il donne aux entreprises les moyens d’acheter du matériel, de produire des biens, d’investir dans les immobilisations et d’expédier des marchandises à l’étranger – il est donc nécessaire dans à peu près tous les aspects de l’exploitation d’une entreprise, grande ou petite. Nous devrions tous être préoccupés par le fait que malgré les efforts du gouvernement pour maintenir les liquidités dans le système bancaire, les conditions de crédit pour les entreprises se resserrent considérablement, au Canada et chez notre principal client, les États-Unis. À mesure que l’activité économique ralentit et que les stocks augmentent, plusieurs entreprises normalement solides trouvent extrêmement difficile d’accéder au crédit dont elles ont besoin pour continuer à faire des affaires. Il est temps que les gouvernements pensent à assurer la disponibilité du crédit non seulement pour les banques, mais pour l’économie réelle.

Ensuite, les gouvernements devraient travailler à contrer l’impact de la récession américaine par des investissements stratégiques. Comme notre plus grand client glisse vers la récession, la croissance économique du Canada ralentit considérablement. Les mesures prises par le gouvernement du Canada depuis dix à quinze ans pour limiter le déficit et rembourser la dette publique ont placé le pays en bonne position pour réagir à cette situation. En ayant déjà fait les sacrifices pour réduire les dépenses et la dette depuis 15 ans, les gouvernements ont maintenant la flexibilité nécessaire pour amortir le ralentissement économique par des dépenses publiques. C’est pourquoi nous appuyons les déclarations du premier ministre Harper et du ministre Flaherty indiquant qu’il pourrait être nécessaire d’enregistrer un déficit.

Bien que les dépenses soient primordiales pour stimuler l’économie, il est essentiel de procéder de façon stratégique. Des investissements intelligents qui appuient la compétitivité à long terme du pays produiront des dividendes. D’autres dépenses pourraient se solder uniquement par des dettes. Dans ce contexte, on devrait mettre la priorité sur des mesures incitatives pour réduire l’empreinte de l’industrie canadienne en matière de carbone, sur les infrastructures frontalières et de transport, sur le développement des marchés ainsi que sur le développement et la commercialisation de nouvelles technologies.

Stimuler l’économie n’est pas le rôle des gouvernements seuls; l’industrie doit aussi y participer. Dans cette optique, les gouvernements devraient aussi profiter de l’occasion pour encourager le secteur privé à agir pour stimuler la croissance économique par des investissements dans les nouvelles technologies, l’innovation et les compétences. Les investissements du secteur privé dans ces domaines créeront de l’activité économique en ce moment et donneront des résultats plus tard, sous forme d’une compétitivité accrue. Pour encourager l’industrie à accélérer le rythme des dépenses d’investissement, le gouvernement fédéral devrait étendre la déduction pour amortissement accéléré visant la machinerie et l’équipement pour une durée indéterminée. Dans les premières années, cette mesure ne coûte rien au gouvernement à moins que les entreprises n’investissent, et avec le temps, elle n’a pas d’effet sur les recettes. Par ailleurs, il est maintenant temps pour les provinces qui n’ont pas harmonisé leur taxe de vente à la TPS de le faire. Une taxe de vente harmonisée encouragera davantage les entreprises à investir et à créer des emplois en éliminant le fardeau fiscal sur les intrants d’entreprise. Enfin, le gouvernement devrait rendre le crédit d’impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE) remboursable. Compte tenu des difficultés que connaissent les entreprises du pays pour se tenir à flot, nous risquons de perdre la capacité de R&D du secteur privé en ces temps difficiles. Ce programme ne coûterait rien non plus tant que l’industrie n’investit pas. Rendre le crédit pour la RS&DE remboursable assurerait l’efficacité de cette mesure pour le secteur privé pendant le ralentissement, et il est possible de l’appliquer de façon abordable en plafonnant l’admissibilité totale.

Enfin, il est temps que les gouvernements aillent de l’avant dans les réformes des politiques nécessaires à la compétitivité à long terme. À cette fin, les rapports du Groupe d’étude sur les politiques en matière de concurrence et du Comité permanent de l’industrie contiennent des recommandations judicieuses. En définitive, lorsque nous sortirons de ce ralentissement économique, ce sera dans un marché mondial qui sera plus compétitif encore qu’auparavant. En agissant maintenant sur les facteurs économiques fondamentaux du pays, le Canada verra sa position concurrentielle grandement avantagée lorsque l’économie mondiale se redressera.


Jayson Myers
Chair, Canadian Manufacturing Coalition
President Canadian Manufacturers & Exporters

Avrim Lazar
Président et chef de la direction
Association des produits forestiers du Canada

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