par Anne Giardini, leader du secteur forestier, ancienne présidente de Weyerhaeuser Canada

À la suite de plusieurs années d’efforts ciblés, l’industrie canadienne des produits forestiers a amélioré sa performance environnementale et sociale et est de plus en plus considérée comme verte et durable par de nombreuses collectivités où elle a des activités et de nombreux observateurs.

Je ferai une allocution lors d’un événement du Forum des politiques publiques qui aura lieu le 27 mars, intitulé L’avenir de la foresterie : des solutions durables. Je parlerai de ce que j’ai appris de la confiance, de la responsabilisation et de la transparence, après avoir travaillé pendant plus de deux décennies dans ce secteur.
J’ai été influencée par le point de vue d’un confrère islandais, Glen Sigurdson, médiateur d’expérience pour des cas d’intérêts et de différends publics et privés. Voici ce qu’il dit :

Les implications et les incertitudes entourant le poisson, les mines ou les champs gaziers sont difficiles en elles-mêmes. Toutefois, un défi bien plus grand concerne l’incapacité des organisations à résoudre des problèmes quand la solution nécessite de s’engager avec d’autres parties qui voient le monde différemment.
Glen utilise un dessin quand il parle, de petits cercles à l’intérieur d’un grand cercle.

Chacun des petits cercles représente une organisation. Une entreprise. Un organisme ou ministère du gouvernement. Une communauté autochtone. Un syndicat. Des médias. Des universités. Des villes. Des quartiers. Des ONGE et des ONG. Le grand cercle autour est le projet ou le travail qui les rassemble ou tente de les rassembler.

L’illustration est utile. Nous passons tous beaucoup de temps à déterminer dans quel cercle nous sommes et sur quoi nous pouvons avoir une influence à partir de l’intérieur de ce cercle.

Être dans un cercle laisse entendre que pour trouver un terrain d’entente, il faudra définir nos propres limites, puis sortir pour trouver ou créer des zones d’intersection, des zones où nous pourrions nous entendre et travailler ensemble.

Selon mon expérience, comme les problèmes et les circonstances auxquels nous sommes confrontés ne sont pas statiques, les zones de définition et d’intersection ont tendance à varier. Les cercles sont en mouvement. Nous sommes limités, et nos zones d’intersection sont à la fois limitées et changeantes.

Mais il y a autre chose que Glen veut que nous remarquions.

La zone entre les cercles.

Étant des gens qui contribuent à résoudre des problèmes, nous devons, dans notre travail, comprendre les choses, grandes ou petites, qui se produisent non seulement dans notre espace et celui des autres, mais aussi à l’extérieur de la zone couverte par les autres avec lesquels nous travaillons. 

Chacun de nous va percevoir cette zone différemment. J’aime l’expression « l’espace entre nous ».
Dans toute ma carrière, je me suis trouvée, au moins une partie du temps, dans l’espace entre les cercles. Il faut alors faire travailler son imagination. L’imagination est particulièrement importante parce que nous n’avons que notre propre expérience limitée à utiliser, mais il faut pouvoir imaginer ce que les autres perçoivent et expérimentent et avoir une bonne idée de leurs réactions à nos décisions et actions.
Nous pouvons et devrions aller encore plus loin, si possible, et imaginer un avenir à l’extérieur de notre propre expérience et de l’expérience des autres. Je me demande parfois si les gens qui lisent beaucoup de science-fiction, par exemple, peuvent prendre de meilleures décisions que le reste de nous, parce qu’ils ont déjà contemplé l’avenir de cette façon. Je crois certainement que les gens qui lisent des romans, qui connaissent leurs classiques ou les anciens mythes et les anciennes épopées sont mieux armés pour ce qui est des types d’empathie et de compréhension qui mènent à de meilleures décisions. Et j’ai toujours pensé que les personnes qui font de la courtepointe ont un discernement auquel nous ne faisons pas très souvent appel, qui leur permet de faire un tout cohérent avec de petites pièces.

Lors de cet événement, nous nous demanderons comment les entreprises canadiennes peuvent appliquer les concepts de collaboration ou de valeurs partagées de façon innovatrice pour régler des problèmes sociaux et économiques, tout en créant aussi un bénéfice pour leur entreprise. Sommes-nous en train de créer, par exemple, de nouvelles possibilités de partenariats intersectoriels? Qu’arrivera-t-il si nous manquons de terrain d’entente?
 

Qu’est-ce que j’ai appris depuis plus de 20 ans? J’ai appris une leçon d’humilité. 

C’est en partie parce que j’en sais plus maintenant à propos de ce que je ne sais pas, les fameuses inconnues inconnues de Donald Rumsfeld; quel concept solide et utile.

C’est aussi parce que j’en ai plus vu et appris sur la complexité et la gamme des réactions humaines aux besoins, aux demandes et aux menaces.

Quoi qu’il en soit, voici mon point de vue.
D’abord, soyez conscient que vous en savez moins que vous ne le pensez. Remettez en question vos propres hypothèses.
Deuxièmement, oubliez vos favoris. Votre pensée est trop limitée par les échéanciers, objectifs, budgets, émotions, la nécessité de gagner ou d’être vu comme gagnant, etc.

Troisièmement, quand vous le pouvez, amenez la discussion à l’espace entre les cercles. Au portrait plus général. Aux objectifs, problèmes et enjeux plus vastes. J’ai souvent constaté que les vraies difficultés pour y arriver viennent de notre propre organisation, plutôt que des autres.

Aujourd’hui, je suis chancelière de l’Université Simon Fraser. Le cadre et la vision de l’université sont d’être une université engagée. Alors, je place toujours l’engagement en premier. L’engagement à l’intérieur de nos organisations. L’engagement avec les autres parties prenantes à un problème. L’engagement avec les éléments inconnus dans l’espace entre les cercles.

La réussite se trouve dans l’engagement avec d’autres parties qui voient le monde différemment et cette démarche mène aux produits, services, objectifs et opérations appropriés.
Nous ne pouvons pas nous permettre de nous tromper.

Alors, je vous invite à participer à l’événement le 27 mars. Si vous ne pouvez y assister en personne, inscrivez-vous à la webdiffusion en direct au www.futureofforestry.ca.